22 septembre 2010

En route pour "les trois Guyanes"

 

A chaque changement de pays, la différence de culture et de fonctionnement se fait sentir dès la frontière.

Entre la Colombie et le Vénézuela, c’est tout à fait comme entre l’Argentine et le Chili, d’un coté les gens sont extrêmement accueillants, souriants, curieux de l’étranger, de l’autre, complètement indifférents.

Il faut préciser, que les colombiens nous avaient diabolisé le Vénézuela, nous répétant sans cesse "il y a 10 ans c’était l’enfer dans notre pays et le paradis était à coté, maintenant c’est totalement l’inverse".

De plus nous rentrons dans le pays en pleine crise diplomatique entre les deux voisins, avec menace de guerre !! Bref, nous décidons de passer la frontière tant qu’elle est ouverte et serons admis au Vénézuela après 4 heures de paperasse et divers contrôles.

Certes, passés la zone frontalière où tous les trafics prédominent face aux problèmes diplomatiques, le rouge est de rigueur dans le pays, pour cause de révolution socialiste, et aussi parce que c’est une région opposée politiquement au Pr Chavez.

Tout semble normal, malgré les coupures d’électricité et le manque de carburant dans les premières stations.

On a l’impression d'être aux états unis, fringues , publicités, boutiques et grosses voitures américaines des années 80, 4X4 aux pneus immenses, moteurs énooooormes, bref çà frime sec sur les routes du week-end, ici il est de coutume d’afficher sur sa lunette arrière sa destination de fin de semaine ou de vacances !

 

1.jpg

Notre budget quotidien augmente, vu le prix ridiculement bas du carburant, 200 litres de gasoil pour moins de 0,50 euros...... Et en plus, les autoroutes ont été rendues gratuites juste avant les dernières élections.......mais il faut quand même éviter les profonds nids de poules et s'arrêter aux nombreux contrôles en tous genres. Les quelques rencontres que nous avons faites, nous ont permis de saisir un peu l’état d’esprit du pays.

Certains ont abordé la conversation en pensant que nous étions américains, et sont partis dans des explications on ne peut plus claires sur la guerre à l’impérialisme , qui ne cherche qu’une chose, à prendre le pétrole vénézuelien en fomentant la guerre avec les colombiens où les américains sont installés depuis des lustres! Regardez l’Irak, nous précise-t-on !

Il semblerait que le pays soit actuellement radicalement divisé en deux, les pros et les antis Chavez. Avant les dernières élections tous les fonctionnaires ont été augmenté ce qui aide bien pour les urnes. Les routes sont bardées de panneaux vantant la révolution socialiste, avec bien sûr le leader,en photo, un coup en treillis militaire, un coup en rouge ! Les antis Chavez sont à priori principalement ceux qui sont touchés par les problèmes de change de la monnaie qui a une valeur officielle désastreuse. Le change au marché noir vaut le double, c’est une vraie économie parallèle qui fait aussi que le cout de la vie réelle est deux fois plus chère que celle dont Chavez parle quotidiennement à la télévision !!!

Donc, pour faire court, tous les gens qui sont dans les activités commerciales ne veulent pas de la révolution socialiste et ne veulent pas non plus d’un pays à "la Cuba"

 

2.jpg

Sans parler de la corruption qui a l’air omni présente, il paraît même que Chavez emploie la police secrète cubaine tellement il a peu confiance dans ses propres polices. On lui reproche son inefficacité à faire régner l’ordre, le niveau d’insécurité et de corruption étant tel, que l’on nous déconseille, même, d’aller demander quoique ce soit aux autorités. Nous n’avons eu aucun problème particulier.

Durant trois jours nous avons chevauché la fin de la cordillère des Andes, magnifiques derniers soubresauts avec quelques cols à plus de 3000 mètres. Nous quittons définitivement les Andes, cette colonne vertébrale de l’Amérique du sud, que nous avons adoré, avec sa diversité, tant culturelle que naturelle. Notre voyage touche à sa fin, et nous le réalisons à ce moment là, et nous passons en "mode livraison", car le nouveau propriétaire de notre Zigzag.Cruiser nous attend en Guyane française. Nous descendons dans le grand bassin de l’Orénoque, où chaleur , humidité et lancinante platitude nous attendent, comme de petites mouches, les "pourri- pourri" pour le jour et les "plagas" pour la nuit qui ont la particularité d’être absolument insensibles à tous répulsifs, et en profitent donc pour vous manger un petit morceau de votre chère peau ….

Nous filons donc vers l’Est puis quand nous touchons le delta de l'Orénoque, nous descendons vers le Brésil.

Plein sud, nous reprendrons de l’altitude sur les plateaux du "Gran Sabana", où nous trouverons des cascades, paysages grandioses, retrouverons des rivières claires et un peu de fraicheur nocturne !

 

3.jpg

 

4.jpg

Nous sortons du Vénézuela sans y avoir beaucoup zigzagué et passons au Brésil pour une journée, pour rejoindre la frontière du Guyana. Quatre franchissements de douane dans la journée sera notre record. Nous avions une incertitude concernant l’entrée pour notre voiture française dans ce petit pays qu’est le Guyana, ex colonie britannique et hollandaise où un refus nous aurait obligé à re -rentrer au Brésil puis à descendre vers Manaus, y trouver un bateau pour charger notre véhicule sur le fleuve Amazone, puis changer de bateau pour Macapa et remonter vers l’entrée sud est de la Guyane française, bref un parcours, long, compliqué et couteux.

Mais en ce jour de vendredi 13 après deux demi-journées de palabres et coups de fils à la capitale, nous obtenons notre autorisation provisoire, (ouf !) à la clef il faudra rendre visite au chef du protocole du ministère des affaires étrangères. !!

Mais après cette bonne nouvelle, c’est le dérèglement du climat qui nous bloque à Lethem distante de 600 kms de la capitale Georgetown par la piste. La saison des pluies ne voulant pas s'arrêter, les eaux sont passées au dessus de cette unique piste et l’ont emporté sur 16 kilomètres, interdisant tout trafic routier depuis plus de 15 jours et ce pour une période indéterminée !!! Plus de carburant et de nourriture, un pont aérien est mis en place par le gouvernement.

Nous remettons au goût du jour notre pratique de la langue anglaise, comme la conduite qui se fait coté gauche !

Nous ne sommes plus du tout dans l'Amérique du sud hispanique, mais plutôt dans celle des indiens d’amazonie, des caraïbes et des esclaves noirs des colonies. Nous découvrons le melting-pot incroyable du Guyana. Entre les africains, les rastamen, les hindous, musulmans, catholiques c’est un mélange bigarré avec reste d’éducation britannique, les "yes Sir" vont bon train, et pas question de se présenter devant une autorité en short ! Nous découvrons aussi qu’en 1953 le Guyana fut un des premiers gouvernements marxistes élus librement, dont le leader est un hindou. Cela n’a duré que 4 mois, car les britanniques aidés par les USA, renverse le pouvoir en exacerbant les communautés entre elles.

 

5.jpg

 

6.jpg

 

7.jpg

Le cout de la vie est extrêmement cher dans ce petit pays de 900 000 habitant dont 98% se trouve à la capitale Georgetown. Mais le premier dimanche que nous passons à Lethem, après quatre jours d’attente, nous croisons un minibus dans les rues et lui demandons quand il compte passer pour Georgetown. Il nous répond; je tente ma chance demain matin à 4h00 !

Cela fait plus de quinze jours qu’il n’a pas travaillé et les chauffeurs de minibus sont sous pression. Nous décidons de lui emboiter le pas au lever du soleil, car le gros problème sur cette piste n’est qu’à 100 km, dans la zone de savane, si ce n’est pas franchissable, nous reviendrons patienter à Lethem.

8.jpg

On vous passe les détails de cette piste en reconstruction avec ses énOOrmes trous de boue creusés par les machines qui risquent à tout moment de nous coucher sur le coté, ni de l’ambiance gluante des premiers 300 km que finissons par franchir en 12 heures.

 

9.jpg

En deux jours nous viendrons à bout de cette traversée de la foret pluviale, où on exploite l’or, les diamants, la bauxite et les bois tropicaux.

 

 

10.jpg

Nous découvrirons Georgetown, en attendant le visas pour le Suriname, une capitale en bois, désuète mais avec un charme fou doublé d’un mélange inimaginable. C’est aussi la première fois que nous voyons des gens se nourrir directement dans les poubelles.

 

12.jpg
13.jpg

A partir d’ici, la route en direction de la Guyane française est parallèle à l’océan. Les fleuves boueux descendant des forêts sont souvent des frontières que nous franchirons par des ponts flottants ou des bacs.

14.jpg

Gamin, j’aimais le riz du Surinam et j’étais persuadé qu’il venait des pays d’Asie!

Le Suriname, petit pays voisin de la Guyane française, aux accents "créole hollandais", nous séduit aussi par son ambiance colorée.

15.jpg
16.jpg
17.jpg
18.jpg


Mais leur nouveau président vient d’être élu, un de leurs anciens dictateurs, accusé de meurtres et trafics de drogues, interdit de séjour en Europe et recherché par INTERPOL. La France a été la première à le féliciter pour sa réélection ??? Çà doit être de la diplomatie ! Nous traversons le Suriname en deux petites journées et le dernier morceau de route pour rejoindre le fleuve Maroni qui fait la frontière avec la Guyane française, a été terrible, pire qu’une mauvaise piste, il suffit de regarder le désastre à bord en ouvrant la porte pour les formalités de douane!

 

piste.jpg

Puis nous voilà au bord du fleuve Maroni, la fin d’un périple de 33 mois de voyage. De l’autre coté se trouve la Guyane française et Roméo, le futur propriétaire de notre fidèle ZigZag.Cruiser.

 

19.jpg

Une petite escale dans les environs de St Laurent du Maroni, nous permet de découvrir un pan de notre histoire, et la justice de l’époque pas très reluisante. Incontournable passage au bagne.

 

20.jpg

Roméo nous fait découvrir un des quatre villages où vivent des Hmong, villageois originaires du Laos, fuyant le communisme et installés en Guyane dans les années 77 pour aider à repeupler la Guyane et développer l’agriculture.

 

21.jpg

Arrivée sur Cayenne, Roméo nous installe dans sa confortable maison, avec une chambre climatisée, un grand luxe pour nous qui souffrons de la chaleur depuis la plaine de l’Orénoque au Vénézuela, sans parler de ses petits plats qui nous signifient bien notre retour dans la culture française !

 

22.jpg

et çà se fête à bord du ZigZag.Cruiser !

 

23.jpg

Voilà, notre voyage à la découverte de l’Amérique du sud se termine après la prise en main du véhicule par Roméo.

 

24.jpg

Bon voyage Roméo !

De notre coté, retour dans notre paradis en Cévennes, où la fraicheur matinale d’automne nous rappelle qu’il faut nous préparer à y passer l’hiver, proche de nos familles et amis. De bons moments en perspective tout en préparant notre futur départ vers l’Est!

@suivre

Anne & Fred